LA FORMATION D'ÉTAT-MAJOR PENDANT LA 1re GUERRE MONDIALE



Le 2 août 1914, quand éclate la 1re Guerre mondiale, l’armée française compte 1750 officiers brevetés formés auxquels s’ajoutent les élèves des deux promotions mobilisées à la fermeture de l’École supérieure de guerre.


L'hécatombe des cadres en 1914, la mise sur pied de nouveaux états-majors et l’envoi de très nombreux officiers de liaison auprès des armées alliées, contraint le commandement à se préoccuper dès le début de 1915 de la formation de nouveaux officiers d’état-major.


Des cours sont organisés aux armées pour parer aux premiers besoins ; ils fonctionnent à Amiens, à Avize et à Mirecourt où un Centre d'état-major dispense une instruction à des officiers blessés en convalescence longue. Nous n'avons que très peu de détails sur ce centre mais il semble qu'il ait continué à fonctionner une partie de l'année 1917 et qu'il ait même édité, en avril, un aide-mémoire d'état-major que le centre officiel cherchera à se procurer.


Pour unifier l’instruction, Le Grand quartier général crée un Cours spécial d'état-major unique ; une note du Grand quartier général en date du 29 octobre, sans en préciser l'implantation, en fixe les principes d'organisation. Le site de Senlis, proche du Grand quartier général alors à Chantilly, est retenu dans la note de création administrative du 9 novembre. L'encadrement rejoint son poste entre le 10 et le 20 novembre.

 


LE CENTRE D'ÉTAT-MAJOR

 

Le Centre d'état-major, indifféremment appelé dans la correspondance CEM, CIEM ou même École d'état-major à compter d'août 1917, est implanté dans un grand immeuble du centre ville, aux 19 et 21 de la rue de la République. Les officiers stagiaires et une partie de l’encadrement sont logés par réquisition.


Le centre est fermé le 26 mars 1918, par décision du général en chef, en raison de l'attaque allemande, et les officiers sont renvoyés dans leurs unités. Un nouveau centre est recréé à Melun à la fin avril 1918, à proximité du Grand quartier général qui se trouve alors à Provins. Le centre s’installe au château de Vaux-en-Tenin et au quartier Pajol où il va fonctionner jusqu'en mai 1919.

  

Melun - novembre 1918 - Les cadres et élèves du Centre d’état-major dirigé par le lieutenant-colonel LAMBRIGOT (debout au centre)

 

 

Instructeurs et élèves

 

Le cours est destiné aux capitaines et aux lieutenants du front, jeunes en grade et qui se sont déjà comportés en chefs brillants au combat. Certains critères de culture générale, d'éducation et d'instruction qui les prédisposent à tenir un emploi d'état-major sont recherchés. Le cours accueille aussi bien des cadres d'active que de réserve, et exceptionnellement des cadres de l'armée territoriale. Les élèves, si possible volontaires, sont désignés par le Grand quartier général  sur proposition de leur chaîne hiérarchique.


La première série suit les cours du 20 novembre 1916 au 15 mars 1917 ; elle compte une cinquantaine d’élèves répartis en quatre groupes. C'est le volume normal prévu initialement. La moyenne des promotions est de 80 élèves en 1917 ; elle en constante augmentation à partir du début de 1918 pour atteindre cent-soixante élèves à Melun en octobre 1918, répartis en douze groupes. La dernière promotion compte cent quatre-vingts élèves. Chaque promotion compte une forte proportion d’officiers de réserve.


A noter, enfin, que dès novembre 1917, le centre instruit également des officiers élèves de l’aviation ainsi qu'une proportion importante d'élèves étrangers (polonais en particulier) qui représentent fréquemment près du tiers d'une promotion.


L'encadrement permanent est très réduit (cinq à six officiers) et vient de l'École supérieure de guerre. Les professeurs de groupe sont brevetés dans une proportion des deux tiers. Le volume maximal des personnels de soutien n'excédera jamais 20 sous-officiers et 200 militaires du rang. Le soutien administratif et financier est assuré par la base arrière de l’École supérieure de guerre à Paris. Le soutien de la vie courante (moyens d'instruction, moyens automobiles destinés aux nombreux déplacements) est de proximité. Un escadron de service, en support du centre pour un mois et demi, est désigné par roulement pour assurer la remonte et les cours d'équitation des officiers. Un maître-écuyer militaire est attaché à l'encadrement. Il y a à Melun trois cent montures, au moment où l'équitation passe au second plan des priorités.

 

Enseignement

 

De trois mois et demi à l'origine, le stage passe à cinq mois et demi dès la fin de 1917 et comporte toujours trois phases distinctes : cours initiaux au centre, sur un rythme effréné, puis stages pratiques en états-majors au front, puis retour au centre pour un cours de perfectionnement et d'application. Durant le stage pratique, les officiers stagiaires sont mis en doublure, appréciés et notés.


Dans l'appréciation finale, le métier (et le niveau de responsabilité) civil compte pour beaucoup (professeurs, ingénieurs, notaires, juristes) ce qui correspond aux critères d’admission. La valeur dans l'emploi (la rentabilité immédiate ou rapide) est également soulignée dans une tâche et au sein d'un bureau particulier.


L'enseignement est délivré sous forme de conférences, d'exercices en salles et sur cartes, de visites de formations et d'organismes, de séances sur le terrain (tir, topographie). Il aborde, sur un rythme intense, le fonctionnement des différents bureaux des états-majors, l'organisation de l’armée et des grands services, ainsi que la connaissance tactique et technique des différentes armes.


Il se veut aussi pratique et concret que possible : l’étude des ordres, du niveau corps d'année et division, s'inspire de combats récents comme La Malmaison et bataille de Verdun. Le GQG pilote directement l'instruction en fonction de ses propres conclusions ; ainsi une note du 7 août 1917 prescrit d’infléchir les travaux pratiques d'état-major vers la guerre de positions. La méthode du cas concret est appliquée et la constitution d’aide-mémoire encouragée.

 

Fonctionnement

 

Le cours est organisé dans l'urgence, sous la pression de l'événement avec un encadrement très réduit et un soutien parfois acrobatique. Il pare à l’essentiel et trouve en permanence des solutions pratiques : officiers détachés de l'armée américaine à la fois comme stagiaires et instructeurs de langue anglaise, officiers français détachés auprès de l'école d'état-major américaine. L'échange de correspondance, de documentation, d'information est constant et impressionnant avec le Grand quartier général, les armées du front, les missions militaires françaises à l'étranger et aussi les armées alliées.


S'agissant cependant, d'une structure créée ex-nihilo, l’encadrement se heurtera en permanence à des problèmes d'intendance et ne cessera de réclamer des personnels et des matériels supplémentaires (dactylos, reprographie).


Mais la capacité d’adaptation et de réaction du centre est impressionnante, ainsi que la volonté d'être concret : les premières conclusions concernant les réformes à apporter au régime d’instruction sont tirées après un mois de fonctionnement et appliquées quasi dans la foulée. Enfin, le centre fonctionne en prise directe sur le Grand quartier général dont il est l'émanation : celui-ci recommande, dès décembre 1916, aux différents chefs d’état-major d’être indulgents avec les officiers issus du centre et de parachever leur formation.

 

Bilan

 

Le centre d'état-major réussit, dans des conditions somme toute précaires à satisfaire le besoin pressant en officiers d'état-major assez rapidement utilisables et rentables, sélectionnés sur des critères essentiellement pratiques, au prix d'une formation sans doute hâtive mais complète.


Cette formation, dictée par les événements, est abandonnée lorsque reprend l'enseignement de l'École supérieure de guerre au début de 1919.