Les commandants de l’École

École d'application d'état-major du corps royal d’état-major

 

1818-1826 - DESPREZ François-Alexandre

1826-1830 - D'HAUTPOUL Marie-Constant-Fidèle-Henry-Amant

1830-1835 - DE LA CHASSE de VERIGNY Edme-Nicolas-Jean-Baptiste-Marie (1)

1836-1841 - MIOT Jacques-François

1841-1842 - AUPICK Jacques

1842-1847 - CAMINADE Amédée-Jacques-Marie

1847-1848 - FONTAINE DE CRAMAYEL René-Éleuthère

 

(1) Blessé mortellement le 28 juillet 1835 lors de l'attentat de Fieschi.

 

École d'application d'état-major

 

1848-1851 - MAYR de BALDEGG Alphonse-Joseph-Martin-Antoine

 

École impériale d'application d'état-major

 

1851-1853 - ROLIN Alexandre-Alban

1853-1859 - FOLTZ Adolphe-Zéphir-François-Aimé-Adèle

1859-1864 - DE VAUDRIMEY-DAVOUT Charles-Nicolas-Théodimes

1864-1870 - RIBOURT Pierre-Félix (2)

 

(2) L’École est fermée du 19 juillet 1870 au 3 juillet 1871.

 

École d'application d'état-major

 

1871-1873 - RIBOURT Pierre-Félix

1873-1876 - BALLAND Joseph

 

École militaire supérieure et école d'application d'état-major

 

1876-1877 - GANDIL Fabien-Pierre-Edmond

1877 - LEWAL Jules-Louis


L'ECOLE D'APPLICATION D'ETAT-MAJOR




Soldat de l’An II, capitaine par voie d’élection, officier d’état-major en tant qu’adjudant chef de brigade puis adjudant-général, général de division en 1794 et titulaire du brevet de « premier lieutenant de l’armée » décerné par le Premier consul en 1799, conseiller d’État, ambassadeur amis surtout chef de guerre, le maréchal GOUVION SAINT-CYR est l’un des plus talentueux lieutenants de l’Empereur, et, sans doute, le plus ombrageux. Il s’est rallié aux Bourbons sans se renier en politique.

 

Pendant deux ans, de 1817 à 1819, il entreprend comme ministre de la Guerre une œuvre fondatrice pour l’armée du XIXe siècle.

 

Sa méthode personnelle de commandement lui a fait sentir les insuffisances des états-majors à la fin de l’Empire : « des aides de camp aussi braves qu’élégants, mais désignés par la faveur ou l’amitié » manquaient trop de connaissances indispensables pour remplir avec fruit le rôle d’intermédiaire entre le chef et ses troupes.

 

L’ordonnance du 6 mai 1818 porte donc création du corps royal d'état-major, alimenté par une École d'application d'état-major du corps royal d’état-major.

 

Localisation

 

Jusqu’en 1823, l’École est installée dans un hôtel loué au marquis de la Briffe, aux nos 2 et 4 de la rue de Bourbon (actuelle rue de Lille), à Paris. Comme les locaux mis à sa disposition étaient insuffisants, on s'avisa que l'hôtel de Villeroy, au 26, rue de Varennes, avec ses vastes dépendances nouvelles, pourrait facilement la recevoir, et, au milieu de l'année 1822, le conseil de santé des armées recevait l'ordre de lui céder la place ; l’École y reste jusqu’en 1827. A partir de 1842, elle se trouve dans l'ancien hôtel de Sens, rue de Grenelle.

 

Commandement - organisation

 

Le premier commandant de l'École est le général de brigade du corps d'état-major François-Alexandre DESPREZ ; ancien polytechnicien, ancien aide de camp de Joseph BONAPARTE, il a pris part à la bataille d'Ulm, à la bataille d'Austerlitz, fait les campagnes d'Espagne et de Russie puis est nommé maréchal de camp à la Restauration. Pendant les Cent-Jours, il choisit d'être à nouveau l'aide de camp de Joseph BONAPARTE.  Il est mis en non-activité au retour de Louis XVIII ; c'est au crédit du général comte DE CLERMONT-TONNERRE, plus qu'à sa valeur personnelle, qu'il doit, en 1818, sa réintégration dans les cadres et sa nomination à la tête de l'École d'application du corps royal d'état-major.

 

Il a d'abord sous ses ordres le colonel DE SALAIGNAC, le commandant VALÉRY DE SIRIAQUE, directeur des études, le capitaine LA ROUVIÈRE, le commandant NAUDET, chargé de l'enseignement des manœuvres, le sous-intendant ODIER pour le cours d'administration militaire, l'ingénieur-géographe chef d'escadron MAISSIAT, pour le cours de topographie, le chef de bataillon d'état-major LALLEMAND, le chef de bataillon KOCH, chargés des cours d'art et d'histoire militaire, le chef de bataillon du corps D'AUDEBARD DE FÉRUSSAC, chargé du cours d'astronomie, le capitaine du génie AUGOYAT, le capitaine d'artillerie POUMET ayant dans leurs attributions les cours sur la fortification et l'artillerie. Les lieutenants d'état-major BENOÎT, HANUS, LEVILLAIN furent adjoints aux professeurs militaires.

 

Cinq professeurs civils sont attachés à l'École, MM. GIRARD pour ·la géométrie descriptive, SARCHI pour la langue italienne, SIMON et GAUTIER pour la langue allemande, GUYOT pour le dessin.

 

Un chirurgien en chef, M. VERGEZ, un médecin, M. TINCHANT, un chirurgien major, M. LACROIX, sont chargés du service de santé, et M. GALIZOT réunit entre ses mains les services de trésorier, secrétaire, archiviste et bibliothécaire.

 

Les deux derniers commandants de l’École d’application d’état-major seront les généraux GANDIL et LEWAL qui assureront sa transformation en École militaire supérieure puis en École supérieure de guerre.

 

Recrutement

 

Les élèves sont choisis parmi ceux de l’École spéciale militaire et de l’École polytechnique susceptibles d’obtenir le brevet de sous-lieutenant, ainsi que parmi les sous-lieutenants de l’armée. Ils ne sont admis que par voie de concours.

 

Ces principes consacrent une régularité certaine dans le recrutement mais cachent mal des passe-droits et des anomalies qui entretiendront un débat de fond pendant toute l’existence de l’École et du corps d’état-major.

 

- Variation d’une année sur l’autre de l’effectif choisi ; l’effectif moyen d’une promotion s’établit autour de trente stagiaires et s’avère, sur la longue durée, insuffisant.

- Places réservées, sans concours d’entrée, aux polytechniciens.

- Élèves surnuméraires sans conditions d’entrée imposés par la cour jusqu’au milieu du siècle.

- Suspicions autour des épreuves du concours d’entrée « qui avaient pour but principal de se débarrasser des élèves dont on ne voulait pas. »

 

Enseignement

 

L'enseignement comporte des mathématiques, de la géométrie descriptive, de la physique, de la chimie, de la cosmographie, de la géographie, de la topographie, des cours d'artillerie, des études des différentes forteresses, une instruction théorique et pratique sur les manœuvres de cavalerie et d'infanterie. L'élève doit aussi se perfectionner, en équitation, en danse, en escrime, en langues étrangères, connaitre tous les règlements de l'administration militaire. Ajoutons à cela l'histoire des peuples, l'histoire des guerres, l'art militaire, la littérature, le latin et la rhétorique, sans oublier bien entendu les différents travaux graphiques.

 

La durée des études est de deux ans. Après ce temps, les élèves qui ont satisfait aux examens, sont appelés, dans l’ordre de leur numéro de sortie, à accomplir des stages dans les régiments d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie de l’armée. Ce n’est qu’après ces stages qu’ils remplissent des fonctions d’officiers d’état-major.

 

La scolarité ne semble pas avoir laissé des souvenirs impérissables dans les mémoires des officiers du XIXe siècle qui insistent plus volontiers sur leur carrière en Afrique. D’autres stigmatisent l’aspect théorique d’études où la pratique n’excède jamais un quart de l’emploi du temps en deuxième année.

 

Hormis en fin de période, où le capitaine NIOX, professeur de géographie militaire, est à l’origine d’un travail fondamental dans ce domaine, la médiocrité du corps professoral est relevée à plusieurs reprises ; certains professeurs y effectuent toute leur carrière et l’un des premiers soucis des réformateurs de l’École supérieure de guerre sera de bouleverser les habitudes en renouvelant totalement le personnel enseignant.

 

Le régime des études est peu contraignant, la discipline approximative, la vie hors service souvent très mondaine et d’une grande liberté pour des élèves en général financièrement à l’aise et qui, une fois titularisés, bénéficieront d’avantages de solde significatifs par rapport à leurs camarades des régiments.

 

CASSAIGNE, aide de camp du maréchal PÉLISSIER à Sébastopol et élève de l’École en 1838-1839, écrit : « Il est vrai aussi que nous avons bien des ennuis et qu’un jeune officier se soucie fort peu de faire chaque jour quelques heures d’architecture ou de construire des cadrans solaires. » FIX, élève en 1848-1849, décrit le régime des études : « Neuf heures d’exercices journaliers dont deux pour l’équitation, et sept pour les études, leçons et travaux graphiques qui avaient une singulière importance ; toute la partie de l’officier du génie y était abordée ainsi que le dessin, le levé à vue, la géodésie et l’astronomie. »

 

On voit l’apport du corps des officiers du génie et des ingénieurs géographes dans cette scolarité, au détriment de la simple tactique qui est cruellement délaissée y compris dans son étude pratique sur la carte ou sur le terrain.

 

Globalement boudée par les bouillants officiers soucieux d’aller guerroyer en Afrique, critiquée et jalousée, l’École n’en est pas moins le creuset où s’initient des carrières parfois brillantes et aussi exceptionnellement rapides. 

 

Sous-lieutenant à l'Ecole d'application d'état-major (1861) (Coll. X). 


La carrière de l’officier d'état-major

En quittant l'École, les officiers d'état-major se « frottent » à la troupe par des stages en régiments (deux ans dans l'infanterie, deux ans dans la cavalerie, un an dans le génie) du moins en principe. Malheureusement, force est de constater que les chefs de corps ne les utilisent qu'en fonction de leurs compétences spécifiques et ne leur confient pas (n'osent pas leur confier ?) de commandement. Les exemples sont très nombreux de stages écourtés, voire de pure complaisance.

Les officiers du corps d'état-major se répartissent ensuite, après leur titularisation, en deux populations aux ambitions et à la carrière très différentes mais qui toutes deux perdent, à peu près totalement, le contact du corps de troupe pour se consacrer à des activités « en lisière » du domaine spécifiquement militaire.

1 - La voie aide de camp : Elle est parfaitement résumée par le général JARRAS au début de ses souvenirs : « Grâce à de longs services de guerre appréciés par d'illustres chefs, j'étais parvenu de bonne heure au grade le plus élevé de l'armée. » Quelle est cette carrière ? JARRAS a débuté comme aide de camp de CAVAIGNAC en 1848 dans une période troublée, puis à l'état-major de PÉLISSIER en Crimée avant d'être désigné comme aide major général en Italie. Remarqué par l'Empereur il sert comme aide major général à l'état-major impérial avant d'être le chef d'état-major général de l'armée de Metz (BAZAINE). Il a également servi en Afrique et à la direction du dépôt de la guerre.

C'est l'illustration parfaite du « système du parrainage » qui fait d'un officier le premier « des élèves » du maréchal X. et qui attache l'intéressé à la carrière de son mentor pendant une durée parfois très longue : Charles CASSAIGNE, attaché au général PÉLISSIER à partir du 4 octobre 1847 comme capitaine, tombe à Sébastopol en 1855, lieutenant-colonel ... et toujours aide de camp du maréchal PÉLISSIER.

Ernest COURTOT DE CISSEY, ministre de la Guerre en 1874, débute en Algérie comme aide de camp du général TRÉZEL puis sous BUGEAUD, puis PÉLISSIER. Chef d'état-major de l'armée d'Afrique, de la division, puis du corps d'armée BOSQUET en Crimée, il atteint le grade de général de division sans avoir jamais, auparavant, commandé une troupe au feu. C'est donc la voie « royale », non exempte de calcul et de favoritisme, où les appuis et fidélités, y compris politiques, ont leur part.

2 – La voie bureaucratique : L'autre population d'officiers d'état-major peuple les bureaux et directions du ministère ou s'adonne aux travaux de « la carte », souvent avec talent, mais en s'enlisant, peu à peu, dans une confortable routine qu'un avancement globalement très lent n'a aucune raison de bouleverser. Les mémoires du colonel FIX, très intéressantes bien que sujettes à caution venant d'un laudateur du système, décrivent une atmosphère de travail dans les bureaux parisiens du dépôt de la guerre que ne renierait pas Courteline.

Affectés jeunes en service topographique et travaillant sur le terrain en autonome à des tâches très spécifiques, les officiers dirigent en milieu de carrière une section topographique, responsable d'un territoire donné, et terminent  aux différents échelons du dépôt de la guerre ; d'autres encore, chefs de bureaux ou rédacteurs, fonctionnent en totale autarcie dans une logique foncièrement administrative, et sans ambition particulière. Les officiers, servant dans les états-majors opérationnels à des places autres que celle de « chef des secrétaires » ou chef du courrier, sont finalement minoritaires et ne doivent qu'à leur talent et à leurs appuis d'être reconnus.

Cette dualité dans l'emploi des officiers du corps perdure jusqu'à la guerre de 1870 et démontre que malgré un sentiment d'appartenance très fort, l'homogénéité du corps des officiers d'état-major est loin d'être prouvée.

L'homogénéité sociale, contrairement à la perception du corps d'état-major par l'extérieur, demande aussi à être nuancée. Si les différents régimes ont tous vu dans l'École d'application une filière pour placer des rejetons de l'aristocratie de la naissance ou de la fortune (tendance qui perdure pendant tout le second Empire), une étude de M. SERMAN conclut à une proportion de 66% d'officiers roturiers, 22 % appartenant aux différentes noblesses prouvées et 12 % avant des prétentions nobiliaires. En dehors de l'autorecrutement militaire fortement représenté (38% des officiers du corps), 6% sont fils de grands notables, 37% sont issus des classes moyennes et 19% des classes populaires. Encore l'étude ne porte-t-elle que sur la période 1848-1870 où le processus de démocratisation du recrutement tend à s'accroître.

Cependant, au XIXe siècle, le corps d'état-major n'en conserve pas moins, non seulement aux yeux des autres militaires mais vis-à-vis de l'opinion publique, les apparences d'un corps réservé en priorité à l'élite de l'aristocratie et de la bourgeoisie fortunées.

Dans un registre différent, l'École forme également des personnalités qui ne s'illustrent pas exclusivement dans la carrière des armes : sculpteurs (PAJOL), dessinateurs (baron TAYLOR), hommes de sciences et membres de l'Institut (PERRIER), pionniers de la photographie militaire (LANGLOIS).

Elle s'efforce de répondre à l'exigence de l'ouverture d'esprit de ses élèves « à tous les développements scientifiques, industriels, économiques sans la connaissance desquels le commandement reste invariablement terre à terre » (FIX).


Enfin, beaucoup d'officiers d'état-major ont publié des ouvrages, principalement sur des sujets militaires.

Plusieurs dizaines ont été tués à l'ennemi ou sont morts des suites de leurs blessures depuis la création du corps.